21/10/2015

Là où tombent les anges



          Le récit commence par une scène de violence : Solange, 17 ans, subit les coups de son père, soûl, une fois de plus. C’est la fois de trop qui incite Solange à quitter la province pour monter à Paris rejoindre sa meilleure amie Lily et vivre pleinement une liberté à laquelle elle n’avait jamais goûté.
          De bal en bal, Solange a l’occasion de faire connaissance avec plusieurs garçons dont Robert Maximilien, banquier, qui vit avec sa tante, Emma Maximilien. Solange apprécie Robert et finit par accepter de l’épouser car il lui offre la sécurité qu’elle n’avait jamais eu jusqu’alors. Seulement, Solange se sent « oppressée » par Robert et celui-ci se révèle être de plus en plus possessif avec son épouse. La situation ne s’arrange pas avec la guerre qui commence… Robert est mobilisé. Son absence est un soulagement à la fois pour Solange et pour Emma. Les rapports entre les deux femmes s’améliorent considérablement. Solange lui fait la lecture, fréquente le salon de son amie Blanche et rencontre d’autres femmes, artistes, épouses de soldat et mères de famille…
          Au fur et à mesure des correspondances de ces femmes avec leurs maris, celles-ci découvrent dans quelles conditions effroyables vivent leurs époux dans les tranchées : le froid, la boue, les amis que l’on voit tomber, qu’on ne peut pas enterrer, dont on vole les vêtements pour avoir soi-même de quoi se réchauffer. Chacune de ces femmes tremble pour son mari, excepté Solange qui redoute chaque nouvelle lettre et chaque permission qui lui ramène Robert. Ces permissions dissolvent le couple : Robert est de plus en plus violent, réclamant à sa femme une affection qu’elle n’a jamais été capable de lui donner.
          Petit à petit, au contact des rencontres qu’elle fait, Solange commence à s’émanciper intellectuellement, ose donner son avis, n’est plus la personnalité effacée que ses amies pouvaient lui reprocher d’être. Elle échappe à Robert qui ne le supporte pas.

          A travers ce récit difficile, on suit le parcours d’une femme du début du XXe siècle vers l’émancipation dans un contexte complexe : l’État a, certes, besoin des femmes pour remplacer les hommes dans les usines mais ceci est sensé être une situation provisoire, à la fin
de la guerre, chacune reprendra sa place ! L’homme à l’usine, et la femme auprès de ses enfants. Charlotte Bousquet nous offre une histoire prenante, documentée, de laquelle on ressort en prenant conscience du chemin parcouru pour que la femme ait des droits… et de celui qu’il restera à parcourir.

Là où tombent les anges
Charlotte Bousquet
Gulfstream éditeur, collection "Electrogène"
Septembre 2015
17 €

17/10/2015

"Il était un jour", la nouvelle collection de Scrinéo

 couverture Quand le Panchen Lama fut KidnappéQuand les enfants finaly
couverture La comptesse de Ségurcouverture Quand Toutankhamon devint le pharaon maudit


          Scrinéo lance sa nouvelle collection "Il était un jour", destinée aux collégiens. En effet, la ligne éditoriale de cette collection est de proposer des textes parlant de faits qui ont réellement existé. Les quatre premiers romans de cette collection répondent tous à un point du programme scolaire enseigné au collège: 
     - La Chine (3ème), avec Quand le Panchen-lama fut kidnappé d'Eric Simard; 
     - le XIXe siècle (4ème), avec Quand la Comtesse de Ségur vit brûler Moscou de Lorris Murail; 
     - l'après-guerre et les conséquences de la Shoah (3ème), avec Quand les enfants Finally devinrent   une affaire d’État de Yaël Hassan; 
     - l’Égypte antique (6ème), avec Quand Toutankhamon devint le pharaon maudit de Béatrice Bottet. 
La collection est dirigée par Arthur Ténor. 

          Pour avoir lu les textes au sujet du Panchen-lama et l'affaire Finally, je peux en dire que les textes sont tout à fait accessibles pour le public auquel ils sont destinés. L'histoire de l'affaire Finally peut en plus trouver une résonance aujourd'hui au sujet des extrémismes/fanatismes religieux. 
Dans ces deux textes, on se situe entre le documentaire et la fiction. Le texte de Yaël Hassan est très documenté et s'inspire des témoignages des différents protagonistes de l'affaire tandis que dans le texte d'Eric Simard, l'auteur imagine la vie du jeune Panchen-lama kidnappé car à ce jour, il n'y a aucune information disant s'il est mort ou vivant. 

Quand le Panchen-lama fut kidnappé, Eric Simard 
Quand la Comtesse de Ségur vit brûler Moscou, Lorris Murail
Quand les enfants Finally devinrent une affaire d’État, Yaël Hassan 
Quand Toutankhamon devint le pharaon maudit, Béatrice Bottet
Editions Scrinéo, collection "Il était un jour"
Octobre 2015
8,90 €


14/10/2015

Vêtir ceux qui sont nus



 
          La jeune Ersilia Drei a tenté de se suicider. Les journaux font leurs choux gras des circonstances qui ont conduit cette jeune femme à commettre cet acte. Ludovico Nota, un écrivain, la recueille chez lui et présente un vif intérêt pour son histoire. Il a imaginé quelle personne elle pouvait être à partir de ce que les journaux ont relaté. Mais Ersilia s’est vêtue de l’habit du mensonge pour se racheter une existence. Bientôt, Franco Laspiga et le consul Grotti, respectivement son ex-fiancé et son ex-patron, débarquent chez l’écrivain et leur présence va peu à peu révéler la véritable histoire d’Ersilia Drei. 

          Voici une pièce de théâtre plutôt intelligente sur le rôle que chacun d’entre nous joue en société, sur la place que les autres nous attribuent et sur ce que l’on choisit de dire et de ne pas dire pour construire sa personnalité auprès des autres. Difficile de conseiller du théâtre, la plupart des clients qui cherchent une pièce savent précisément ce qu’ils veulent lire. D’autant plus que cette pièce est un classique de la scène italienne. 

Vêtir ceux qui sont nus 
Luigi Pirandello
Folio bilingue
9,50 €

10/10/2015

Lever de rideau sur Terezin



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            Un soir de 1943, Victor Steiner, le célèbre auteur et metteur en scène de L’Echappée belle, assiste clandestinement à la représentation du Soulier de satin, sans porter son étoile jaune. A la fin de la pièce, une patrouille allemande le repère et le fait prisonnier. Steiner est transféré au camp de Terezin, véritable « camp témoin » du régime nazi, où nombre d’artistes et d’intellectuels juifs sont regroupés. 

            Là-bas, il est accueilli par Waltz, un officier allemand qui a remué ciel et terre pour avoir le célèbre Victor Steiner dans son camp, vouant à celui-ci une véritable admiration sur son travail. Il lui commande alors la rédaction d'une pièce qui sera jouée devant la délégation allemande, le 23 juin prochain. Mais attention, pas n'importe quelle pièce : il faut impérativement qu'elle se passe à l'époque du Roi-Soleil, siècle chéri par Waltz. C'est une véritable gageure pour Steiner qui a plutôt l'habitude de dénoncer la bourgeoisie de son temps dans ses textes. Commence alors une relation ambiguë, faite d’admiration pour Waltz, et de méfiance pour Steiner, qui se voit également attribuer la responsabilité de choisir ses comédiens, leur évitant ainsi de voir leurs noms affichés pour les prochains convois en partance vers l’Est. 

            Ce livre est une vraie pépite. Richement documenté, l’auteur nous fait part de toute l’ambiguïté qui a pu exister à cette période de l’histoire entre l’occupant allemand et les prisonniers, à fortiori des déportés. C’est également un livre bien pensé car on assiste, en filigrane, à un parallèle entre la situation de Victor Steiner et la pièce qu’il écrit, qui pose la question de la capacité de création d’un artiste sous/par la contrainte. L’artiste doit-il être absolument libre pour créer ou, au contraire, la contrainte n’est-elle pas un moteur nécessaire pour l’art ? 

            J’ai aussi été séduite par l’écriture, riche, recherchée, fine. La structure du récit nous aide à nous immerger complètement dans l’histoire. La fin du récit reste ouverte et l’auteur nous offre l’intégralité de la pièce de théâtre de Steiner ainsi qu’une note présentant son travail, ses recherches, comment il a pensé le roman et comment son idée de départ a évolué. Vous l’aurez compris, j’ai dévoré ce livre, je l’ai adoré et je ne saurais que trop le recommander. J’espère seulement ne pas en avoir trop dit ou en avoir dit suffisamment pour piquer votre curiosité. 


Lever de rideau sur Terezin
Christophe Lambert
Bayard
Août 2015
14,90 €

07/10/2015

Ce qu'il advint du sauvage blanc



   
     C’est un livre que j’avais déjà repéré mais que je n’avais encore ni pris le temps d’acheter et encore moins de lire. Maintenant, c’est chose faite. Le bandeau rouge « Prix Goncourt du premier roman 2012 » n’a pas été l’élément décisif à cet achat. Non. En me baladant parmi les rayonnages des librairies, c’est bien plus l’illustration de la première de couverture et le titre qui m‘ont intriguée. Je crois qu’il en est ainsi pour beaucoup de livres dans lesquels je choisis de me plonger. Puis, vient le résumé de quatrième de couverture qui nous propose de comprendre ce qu’il s’est passé entre l’abandon d’un jeune matelot français sur les côtes australiennes et sa découverte, 17 ans plus tard, par un navire anglais. Roman intéressant s’il en est et qui pourrait même flirter avec la philosophie en tentant de faire comprendre au lecteur, au moyen d’une situation extrême, comment peut s’opérer un « désapprentissage » des choses acquises depuis des années. Avec la phrase « inspiré d’une histoire vraie », il n’en fallait pas plus pour me convaincre totalement de lire ce roman.
     
     Narcisse Pelletier est un jeune matelot français qui, au cours d’une expédition, se trouve malheureusement abandonné par son équipage sur une île. Se croyant d’abord seul, Narcisse finit par rencontrer une tribu vivant sur cette île dont une vieille femme noire qui prend soin de lui et le nourrit. Narcisse ne comprend pas la manière de communiquer de  cette tribu mais observe ses membres et apprend à vivre comme eux. Dix-sept ans plus tard, un navire anglais accoste sur cette île et Octave de Vallombrun, noble et membre de la société française de géographie, découvre Narcisse, ce « sauvage blanc », et décide de le prendre sous son aile. Commence alors pour Octave une longue période de recherche qui consistera à comprendre comment Narcisse est arrivé sur cette île et comment il a oublié ce qu’il était avant et tout ce qu’il a désappris.
     
     C’est un roman intéressant d’abord par son histoire, ensuite par sa forme : la succession entre le récit du naufragé et les lettres du scientifique qui l’accueille des années plus tard, provoque une boulimie de lecture. Le lecteur essaie petit à petit de reconstituer un puzzle, comme Octave, et se trouve entre deux récit, à dix-sept années d’écart : celui de Narcisse qui réalise qu’il a été oublié par son équipage, qu’il va devoir survivre et vivre comme ces « sauvages » s’il ne veut pas mourir - situation qu’il a grand peine à accepter – et les lettres d’Octave de Vallombrun qui retranscrit tous les progrès que fait Narcisse à son contact. Grâce au récit du naufragé, on plonge petit à petit dans le désapprentissage d’un monde sauvage et son « oubli » du monde duquel il vient ; et parallèlement, grâce aux lettres de ce scientifique Octave de Vallombrun, on découvre comment le naufragé Narcisse Pelletier revient vers le monde qu’il avait enfoui en lui. 

Ce qu'il advint du sauvage blanc
François Garde
Gallimard, coll. Folio
Août 2013
7,50 €

03/10/2015

Banale





     Clara est en CM1. "Transparente", "neutre", "quelconque", sont les premiers mots qu'elle emploie quand il s'agit de se décrire. Elle aimerait tellement ressembler à son grand frère Maxime, plus charismatique et populaire auprès de ses camarades. Seulement voilà, comment devenir populaire ? Pour Clara, la solution semble toute trouvée: être mauvaise langue, comme son frère, qui ne perd pas une occasion pour se moquer des autres. Mais est-ce bien là la solution ? D'astuce en astuce, aussi farfelues les unes que les autres et qui lui vaudront plus d'une fois le ridicule, Clara apprendra à s'accepter telle qu'elle est et deviendra malgré elle "populaire" par une situation dont elle était bien loin de se douter ! 

     Récit intéressant sur le sujet du regard des autres et du regard que l'on porte sur soi-même, Fanny Chiarello nous offre un récit plein d'humour sur les mésaventures d'une jeune fille qui veut absolument être remarquée et se démarquer. Cet humour doit beaucoup aux péripéties mais également aux discours prêté à la jeune Clara, d'une maturité et d'une complexité de réflexion en décalage avec l'âge de l'héroïne. Sans oublier les petits clins d’œil à notre société médiatique glissés çà et là et qui feront sourire les parents-lecteurs. 

Banale
Fanny Chiarello
Editions Ecole des loisirs, collection Neuf
Août 2015
9 €


30/09/2015

U4 Jules




     U4, c’est un projet original à huit mains. Quatre auteurs – Florence Hinckel, Vincent Villeminot, Carole Trébor et Yves Grevet – se sont attelés à la rédaction d’une part de vie de quatre ados dans les premiers temps du chaos provoqué par le filovirus U4, un virus qui a décimé 90% de la population et dont les survivants sont des adolescents entre 15 et 18 ans. 


     Ces textes, à lire dans l’ordre que vous voulez, racontent l’errance de ces quatre personnages qui ne se connaissent pas pour se rendre à un rendez-vous fixé au 24 décembre sous la plus vieille horloge de Paris, rendez-vous donné par « Khronos », maître du jeu d’un jeu vidéo très prisé par ces adolescents : Warriors of Time, dans l’espoir de remonter le temps et d’éviter toute cette tragédie. Pour survivre, des communautés s’organisent spontanément, où chaque jeune a son rôle. Évidemment, les rues vides de Paris laissent également la place à des gangs qui font preuve de violence pour étendre leur territoire…


     Pour avoir lu le livre de Carole Trébor, je peux en dire que je n’ai pas forcément aimé le style, trop simple à mon goût. Mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier l’histoire, les rebondissements et d’éprouver de la sympathie pour le personnage principal qui, devant une situation d’une extrême difficulté, arrive à continuer, à se battre et à aller de l’avant. 

U4 Jules 
Carole Trébor 
Coédition Syros/Nathan
Août 2015
16,90 €